Dès ses débuts, le parcours artistique de Silvia se développe en dehors des chemins conventionnels des pianistes classiques.
Née et élevée dans la banlieue sud de Vérone, en Italie, elle découvre la musique presque par hasard : « mon père s’était offert un petit clavier électronique pour Noël. Curieuse de nature, je n’ai pas pu résister à l’envie de l’essayer. J’avais six ans. » Dès lors, le clavier devient partie prenante de son quotidien, marquant le début de son parcours musical.
C’est une institutrice de l’école primaire qui conseille à ses parents de l’inscrire dans une école de musique, ayant remarqué ses prédispositions pour la musique lors des chants en chorale. Dans son petit village, San Giovanni Lupatoto, il n’existe qu’un seul centre musical, où l’on joue de la musique rock et blues, en groupe.
C’est ainsi qu’à l’âge de sept ans Silvia se retrouve à jouer du clavier dans des ensembles de musique populaire, dans les bars du quartier, aux côtés de musiciens beaucoup plus âgés et expérimentés qu’elle.
« J’ai appris la notation alphabétique des harmonies pour pouvoir jouer en groupe, mais je jouais la plupart du temps à l’oreille. Mon premier souvenir de scène est Light My Fire des Doors. Je jouais sur un clavier avec un son d’orgue des années 60 ; j’ai appris la célèbre introduction et le solo à l’oreille, ce qui m’a valu de gagner le respect de tous les autres musiciens. »
Le véritable tournant arrive un peu plus tard lorsque, toujours guidée par sa curiosité, Silvia écoute quelques CD de musique classique appartenant à son père.
« Mon premier souvenir est Mozart, le troisième mouvement du Concerto pour cor en mi bémol majeur. J’ai été frappée par ce style de musique, ce fut une véritable illumination. »
Elle écoute alors de manière répétée la dizaine de CD dont elle dispose et s’amuse à les reproduire au piano.
« Mozart est devenu mon idole ; je le dessinais et j’écrivais sur lui dans mon journal intime. »
Face à cette passion grandissante, Silvia tente l’admission au Conservatoire d’État de Vérone, où on lui dit qu’elle pourra apprendre la musique classique.
« J’avais neuf ans. Je me suis présentée seule et j’ai joué entièrement à l’oreille la Sonate K.545 de Mozart en do majeur. »
Le jury se montre sceptique et la refuse. Elle ne sera admise qu’à la troisième tentative. Bien qu’elle ne sache pas encore lire la musique, sa passion évidente et sa ténacité sont finalement récompensées.
À l’âge de douze ans, elle doit rapidement apprendre à lire la musique et à se mettre au niveau des autres élèves. Les débuts sont difficiles : elle se sent en retard et inadaptée au cadre académique de ce nouvel environnement.
S’ensuivent des années d’études intensives, partagées entre le lycée et le conservatoire.
« J’ai obtenu mon diplôme au Conservatoire E. F. Dall’Abaco en octobre 2021. J’y ai reçu une formation classique complète et j’ai appris à interpréter ce que l’on appelle la musique classique. Cependant, je ne me sentais pas pleinement accomplie : il me manquait d’autres stimulations, des modèles auxquels m’identifier, la richesse d’un nouvel environnement. Je rêvais en grand. »
Après un bref séjour à Brescia et à Milan, elle décide de s’installer seule à Paris à la fin du mois d’août 2023. Elle y fait une rencontre décisive avec le Maestro Bruno Rigutto, pianiste franco-italien, qui la prend sous son aile et l’invite à étudier à la prestigieuse École Normale de Musique de Paris Alfred Cortot.
Elle y découvre un environnement académique exigeant mais le Maestro Rigutto comprend sa personnalité atypique et sait l’accompagner en respectant cette singularité. Il lui transmet l’héritage de Samson François, « un improvisateur déguisé en concertiste » , figure mythique du piano et habitué des clubs de jazz parisiens.
C’est précisément dans ces clubs que Silvia connaît son second choc musical et découvre une liberté expressive nouvelle. Paris devient alors le terrain fertile de son évolution artistique.
Depuis septembre 2025, elle se produit régulièrement dans les lieux les plus prestigieux de la capitale : la Salle Cortot, l’Hôtel Le Crillon, Les Bains Paris — où Prince, David Bowie et Joy Division ont notamment forgé la légende de la nuit parisienne — jusqu’à la Tour Eiffel.
Depuis novembre 2025, elle est également artiste en résidence à la prestigieuse Maison Gainsbourg, rue de Verneuil, au cœur de Paris.
« La figure de Serge Gainsbourg m’inspire profondément. C’est un honneur pour moi de me produire dans le lieu qui lui est consacré. Comme moi, il est passé par l’École Normale de Musique de Paris.
Il a créé un style musical qui lui est propre et est entré dans l’histoire de la musique française. Il a été le premier auteur de la chanson française auquel je me suis intéressée. »
Désormais pleinement intégrée à la vie parisienne malgré son accent italien assumé avec fierté, Silvia s’ouvre à la chanson française, qu’elle réinterprète avec une sensibilité personnelle teintée d’influences classiques.
« Je n’aime pas me limiter. Depuis que je vis à Paris, j’ai naturellement absorbé beaucoup de la culture locale. Explorer la chanson française et la réinterpréter à ma manière s’est fait tout naturellement. Je ne crois pas qu’un style musical soit meilleur qu’un autre : chaque musique a sa propre histoire. »
Aujourd’hui, le répertoire de Silvia s’étend de la musique classique — qui demeure son langage de prédilection — au jazz d’atmosphère, en passant par la chanson française et italienne, sans jamais renier ses origines. Son parcours, en constante évolution, invite naturellement à la curiosité : il ne reste plus qu’à découvrir où cette aventure artistique la mènera ensuite.
Fermer